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04 février 2009

Les pelharots

De temps en temps passaient dans le village des fataires, à la recherche de quelques vieux chiffons ou peaux de lapins. J’entend encore leur voix qui résonnait dans la rue :

fataire.jpg« Fatas ! fatas ! veilhs ferres ! pels de lebra, pels de lapin ! »

 

Il y en avait un qui venait de Vezenobres, un grand et maigre qui gueulait « Allons, mesdames, videz vos greniers, vous ferez le bonheur du pauvre chiffonnier » et il chantait « fatas, fatas, pels de lebra, pels de lapin, lou fataire  es oun coquin ! » (chiffons, chiffons, peaux de lièvre, peaux de lapin, le chiffonnier est un coquin). On les craignait bien un peu, et les parents ne se génaient pas pour s’en servir quand on n’obéissait pas : on va te donner au fataire qui t’emportera dans son grand sac : « te vai  mestre dens sa saca e t’emporterà. Te veirem pas pis ». (il va te mettre dans son sac et t'emportera, on te verra plus)

On n’y croyait pas bien sûr, mais on s’en approchait pas trop près quand même.

Ces peaux de lapins que les paysans gardaient « empégués sur les murs, ils ne les trouvaient jamais à leur goût. Bien sûr, comme ça, ils donnaient pas cher (nous dit L. Chaleil dans son livre « la mémoire du village »).Et c’est vrai que de toute façon, c’était pas des gens bien riches, et ils allaient souvent de village en village sur leur seules jambes !

« Fatas ! fatas ! veilhs ferres ! pels de lebra, pels de lapin ! » « lou fataire es oun coquin »

 NB. J’ai écrit fataire, mais bien sûr vous avez lu et prononcé « fataïre », pelharot vous avez dit « péillarot »… et lapin ou coquin : « lapiinn et coquiinn »...pas pis se dit pas peuss...

 ah ce patois aimé de mes grands parents qui nous était "interdit"! C'était pourtant une belle langue, si imagée, surtout quand on se faisait engueuler et que grand-père nous menaçait de nous couper les oreilles en pointe...c'était si joli en patois!