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14 août 2010

La fèsta dé fols

La fèsta dé fols

Nous sommes en 1393. Au castrum calmetta, comme l’appelle alors les seigneurs des lieux, notamment Bernard de La Calmette, notre petite compagnie se prépare fébrilement. La fête de Noël s’achève, et la neige a recouvert la campagne, mais rien ne saurait nous arrêter. Nous avons bien empaqueté nos déguisements dans des sacs de fortune et on languit que les vêpres chantés dans la petite église soit finis pour nous lancer sur le chemin empierré qui traverse les collines.

Certes les forêts ne sont pas toujours très sures avec les loups qui rôdent, et les brigands, mais pour rien au monde on ne manquerait la fête des fous qu’organise jusqu'à complies des Saints-Innocents le Chapitre de la Cathédrale à Nîmes, et nos bâtons sont solides. De plus, on pourra s’arrêter au besoin au monastère de Notre-Dame d’Estelzin.

Ce monastère, situé à deux petits kilomètres du village, qui comptait quand même 86 feux, sur la gauche du chemin qui conduit à Nîmes, au pied d’un coteau, abrite une belle fontaine où nous pourrons nous abreuver. Les religieuses de Notre-Dame d’Estelzin nous donneront quelques victuailles pour continuer notre route, car il faut encore marcher une dizaines de kilomètres avant d’atteindre Nîmes et sa belle fontaine. Mais la marche, on connait et ça ne nous fait pas peur. Nos chausses sont bien fournies. On a tellement souffert avec les inondations, les privations, les routiers qui nous harcellent, les maladies qui ont fait mourir tant d’entre nous, que cette fèsta dé fols est nécessaire ! Enfin se défouler, oublier tous nos malheurs, moquer nos seigneurs et notre évêque sans risque d’être puni, boire et ripailler pendant trois jours de folie !

fete des fous.jpg

 

 

Hélas, on le pressentait déjà depuis quelques années, la fête tournait vite à débauche, violence et pillages. Manants, boutiquiers, ribauds et mesnagers se déguisaient, se travestissaient, buvaient  et se gaussaient des autorités civiles et religieuses. Et c’était bonheur de s’amuser sans retenus, mais c’était pitié de voir que ça dégénérait de plus en plus !

L’année suivante, après un conflit avec les chanoines du Chapitre, Gilles Vivien, le lieutenant-général du Sénéchal de Beaucaire ordonna son interdiction.

Il enjoignit au sous-viguier d'aller proclamer cet acte avec un notaire et le crieur public, à tous les carrefours de la ville. La défense fut donc publiée à son de trompe dans les rues et devant le portail de la cathédrale. La proclamation se fit en languedocien comme c'était l'usage.
  Cette décision suscita une fureur populaire que je vous dis que ça !
Sur ce tableau, superbe enluminure de Ferdinand Pertus, la procession est arrêtée au carrefour de la place Belle-Croix par le sous-viguier.

Hélas, rien n’y fit et la fèsta dé fols disparut du calendrier nîmois en cette année de grâce 1394. Pourtant elle venait de loin cette fête, bien avant les Romains si on en croit les conteurs.

Qué pitié de voir disparaître cette belle festejança dé baugs et bauginas !