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17 décembre 2008

Hommage à Claude Olievenstein

Parler de lui, le jour de sa disparition, semble ne faire que participer à tous les hommages rendus par la presse, même si ce petit juif berlinois ne s'était pas fait que des amis chez certains politiques et journalistes ! Faut dire qu'il en a secoué des consciences !

A une époque où la seule réponse face aux drogues dures était l'enfermement en prison, Claude Olievenstein, que ses amis appelaient "Olive" obtenait de leur éviter cette terrible souffrance s'ils acceptaient d'être soignés à l'hôpital Marmottan qu'il avait créé à cet effet. Et je peux vous assurer qu'à cette époque là, c'était sacrément courageux.

Aujourd'hui, ça peut presque paraître logique (encore que ...) mais à cette époque non ! Et les policiers n'acceptaient qu'à cause du renom d'Olive qui savait faire appel à la presse et à la TV quand il sentait qu'un politicard menacait son centre.

J'ai connu Olive, alors que je vivais à Paris. Il avait fait appel à des "familles d'acceuil" pour ses malades afin de les recevoir quelques temps (en milieu stable ?) et leur éviter de retomber trop vite dans la drogue parce que trop livrés à eux-même. Nous avions alors accepté avec enthousiasme. Dans l'ensemble ça se passait plutôt bien, mais on n'avait pas bien mesuré les conséquences d'un tel engagement et on ne l'a fait qu'une année.

Un jour, mais ce n'est qu'une anecdote, même si elle est bien réelle... on a vu la maison cernée par des cars de CRS, lesquels on investit les lieux avec armes et bagages...un de nos protégés avait "braqué" la pharmacie du coin pour se faire délivrer des médicaments de substitution et, arreté sans résistance, avait donné notre adresse ! Ils ont tout fouillé pour trouver nos réserves de drogue, persuadés d'avoir mis la main sur de dangereux trafiquants. Heureusement qu'Olive était à Marmottan et a pu nous couvrir, sinon on se serait retrouvé sans ménagement au "poste".

Je vous dis pas la tête des voisins... Ils nous regardaient bizarrement après !

Adieu Olive, tu en auras aidés des pauvres types dans ta vie.

Deux autres textes pour parler de lui :

Enfant, il assista à une scène classique d'humiliation, celle-là même qui, à Vienne, au milieu du XIXe siècle, avait été infligée au père de Sigmund Freud. Un soir, après qu'il eut été emmené au cirque par son grand-père, avec son frère Armand, il vit un nazi gifler le vieil homme et le jeter au sol : "Je le revois à quatre pattes, et, aujourd'hui encore, je ressens en moi une incroyable montée de haine. Mon grand-père, qui était un homme fier, s'est relevé sans mot dire, a épousseté son chapeau et nous a repris par la main (...). Pour cet homme qui était très sincère, l'humiliation a été vécue comme un écroulement total, global. Et il a eu la réaction qui, vingt ans plus tard, serait la mienne : il a revendiqué sa solidarité avec son peuple."

Opposé autant à la dépénalisation, qui favorisait la jouissance autodestructive des toxicomanes, qu'à une politique répressive qui risquait de les confondre avec les narcotrafiquants, il usa de son franc-parler et de sa forte présence dans les médias pour se mettre au service des victimes - manière de ne pas oublier son destin initial. La France doit beaucoup à Claude Olievenstein dans ce domaine. Il faut se rappeler la leçon d'humanisme, de tolérance et de rigueur qui fut la sienne, et non se complaire dans une logique sécuritaire de prétendue "domestication" qui ne fera que criminaliser davantage le peuple des drogués.  Elisabeth Roudinesco (le Monde.fr)olievenstein.jpg

Fondateur du Centre Marmottan pour le traitement des toxicomanes, à Paris, Claude Olievenstein est mort à Paris, dimanche 14 décembre, des suites d'une maladie de Parkinson invalidante. Il en avait senti très tôt les effets dévastateurs, au point de consacrer l'un de ses ouvrages à cette question (Naissance de la vieillesse, Odile Jacob, 2000). L'un de ses nombreux livres. Ainsi, dans Le Non-dit des émotions (Odile Jacob, 1988), il explorait l'"indicible" au-delà de la langue ; L'Homme parano (Odile Jacob, 1992) peut être considéré comme un véritable manuel clinique des petits et des grands délires de persécution.