Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

21 septembre 2018

Le secret de Marcus (page 2)

Puisque les jeux sont faits... je peux vous proposer le conte que j'ai écrit pour Cont'olives. Comme il contient 10 pages (le maximum autorisé), je vous propose de le lire comme une série, une page par jour, les derniers jours du blog (midiblogs).

J'espère qu'il vous plaira autant qu'à mes lecteurs "testeurs" qui ont bien voulu le lire.

 

Le secret de Marcus (page 2)

Elle se souvient de son beau rire sans malice le jour où il lui a proposé de goûter à ses olives fraichement cueillies sur l’arbre. Julia lui en voulait beaucoup, et en même temps elle a aimé ce garçon espiègle qui riait de son affreuse grimace. Tandis qu’elle crachait tant et plus cette horrible pâte qui remplissait sa bouche d’une amertume tenace, elle avait trouvé très touchante la tendresse avec laquelle il s’était approché d’elle pour lui demander de lui pardonner « tu sais, c’est une blague traditionnelle chez nous, ce n’était pas méchant… mais tiens, j’ai apporté ces sucreries pour te faire passer le mauvais goût ». Julia avait réagi d’abord avec colère « je te ferai punir par mon père » tandis qu’elle crachait et recrachait par terre, mais le rire l’avait finalement gagnée à son tour, « tu sais pas ? On va jouer le même tour à mon frère, je ris déjà en l’imaginant, lui qui en sait toujours plus que tout le monde, il se fera bien attraper ».

Une véritable complicité était née entre la petite maîtresse et le jeune esclave.

Quelques années plus tard, Marcus, devenu un bel athlète, accompagnait parfois son père dans les arènes. A plusieurs reprises, Tiberius l’avait incité à devenir lui aussi un gladiateur, le jeune homme ayant remporté tous ses combats durant les exercices. « Tu sais petit, tu pourrais gagner pas mal d’argent dans les combats et je suis certain que notre César te remarquerait rapidement », mais inlassablement Marcus répondait qu’il n’était pas intéressé par cette vie-là « Je préfère continuer à m’occuper des vignes et des oliviers, Maître, ils ont bien besoin de soins avec tous les parasites. »

-« Je comprends bien, et je ne m’en plains pas. Je sais bien que depuis que tu t’en occupes, nous avons augmenté les stocks et amélioré sensiblement la qualité. Notre production de vin de clairette n’a pas suffi l’an passé à couvrir les commandes et je ne parle pas des demandes de notre huile d’olive».

-« J’en suis bien conscient Maître, et j’aimerais vous soumettre quelques suggestions. J’aimerais bien sortir un cuvée appelée la cuvée de Julia, et une huile très pure qu’on pourrait proposer à un prix supérieur au marché que j’appellerai « l’or des oliviers de Julia ». »

Tiberius s’était mis à rire en l’entendant, « je vois que tu as toujours plein d’idées nouvelles, mais ne t’emballe pas. On reparlera de tout ça plus tard ».

Julia avait aussi grandi en beauté et ne sortait plus comme lorsqu’elle était petite, car elle avait beaucoup à faire à la domus et Patricia, sa mère, avait de grands projets pour elle. Elle passait beaucoup de temps à sa toilette, se faisait quelques masques de beauté à l’argile qui faisait se moquer son frère « crois-tu que tu vas effacer des rides que tu n’as pas encore ? ». Julia lui tirait volontiers la langue et Servius riait d’autant plus qu’il était très fier de la beauté de sa sœur que tous ses amis cherchaient à connaître. Julia aimait aussi se coiffer et s’habiller comme les princesses Antonia de Nemausus ou Octavia d’Arelate.

Avec Servius, son frère, elle avait étudié avec un précepteur très érudit, esclave venu de Grèce. Sa mère avait tenu à ce qu’elle apprenne la poésie et la musique, comme dans les grandes familles romaines, mais aussi l'art de la cuisine et de la couture afin qu'elle devienne une bonne épouse et mère.

A seize ans, Julia ne voulait pas entendre parler mariage et Patricia trouvait que Tiberius était bien faible avec sa fille « Depuis quand les filles décident ou non d’épouser un mari que ses parents ont choisi ? Elle aurait pu déjà être introduite dans une des grandes familles de la cité d’Antonin, ce ne sont pas les bons partis qui manquent ! ». Mais Tiberius ne voulait pas aborder la question avec Julia, il se souvenait trop de la colère froide de sa fille lorsqu’il lui avait présenté celui qu’il lui avait choisi comme mari. Pourtant un consul très riche, et à peine âgé de quinze ans de plus qu’elle.

 Julia cependant adorait se promener quand elle avait un peu de temps pour elle dans les oliveraies parfaitement entretenues par Marcus et les autres esclaves de la maison. Elle croisait alors le jeune homme et aimait bien échanger quelques mots plaisants. C’était toujours, après les formules habituelles de politesse, des questions liés à l’entretien des vignes ou des arbres, échanges normaux entre une jeune maîtresse et ses ouvriers agricoles, mais c’était chaque fois un terrible combat entre les convenances et le fond de son cœur.

Elle repartait toute chamboulée après ses échanges… où étaient donc ses jeux d’enfants sans équivoques de leurs années d’enfance ? Marcus de son côté, était un jeune homme fier de son travail et s’il était ravi et heureux de l’intérêt que lui témoignait sa jeune amie, il essayait de n’en rien laisser paraître. Ses yeux le trahissaient parfois et s’il en devenait tout rouge, il se ressaisissait bien vite.

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.