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26 février 2017

Un peu de notre histoire... aujourd'hui, notre église

C'est un peu long et encore inachevé, mais si vous êtes curieux de notre histoire, ça peut vous plaire :

L’église de La Calmette

 

Enfant, cette église a fait partie de ma vie et si j’ai oublié mon baptême, je me souviens très bien des nombreuses années de catéchisme, puis comme enfant de Chœur. Les messes où nous emmenait chaque dimanche ma mère et surtout la messe de minuit à Noël. L’église alors prenait un air magique, avec ses vitraux éteints, l’ambiance un peu particulière que faisait naître la fatigue mêlée à l’attente impatiente. Les « minuit chrétien » chantés par la voix chevrotante et grave du père ? sont toujours gravés en ma mémoire comme des moments inoubliables. Après, c’était la course folle avec mes frères et sœurs vers la maison pour découvrir ce que le père Noël avait mis sous le sapin ou certaines années le cade.

Cette église, c’est aussi l’émotion que je ressentais après la colline du moulin à vent, quand expatrié à Paris, je revenais dans ma famille. Cette église, c’est enfin ces moments douloureux où j’ai accompagné mon frère, décédé à l’âge de 13 ans au séminaire d’Aix-en-Provence, puis mes grands-parents, mes parents, et de nombreux Calmettois qui avaient bercé mon enfance.

Ce n’est qu’aujourd’hui que je prends conscience en découvrant son histoire et celle de mes ancêtres qu’elle prend une autre dimension. Elle n’est plus seulement une partie du décor, mais bien un élément vivant de ma propre histoire. 

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L’abbé Lamoureux en parle mieux que personne dans la préface de son ouvrage sur La Calmette, dont j’ai tiré des nombreuses informations :

« (…) A son extrémité se dresse l’église romane, avec sa flèche élancée, sa façade majestueuse et ses riches décors de l’intérieur. Elle est encadrée par l’ancien établissement des frères Maristes, où se trouve la salle de la mairie (aujourd’hui l’école primaire) et par le beau presbytère de construction récente. L’avenue en rend l’accès facile et permet de voir de la grand-route l’heure à l’horloge municipal », cette belle bâtisse construite tout près des pans de murs de l’ancien prieuré et de l’ancien cimetière »

 

Un peu d’histoire précédent sa construction…

 

1382, La Calmette tombe aux mains des Tuchins (après les pillages et massacres organisés par les Roturiers, congédiés par le roi Jean Le Bon après la bataille de Brétigny et qui écument la Région) qui se montrent impitoyables, pillent les maisons et détruisent en partie le prieuré. Le prieuré, qui se trouvait sur l’actuelle esplanade Roger Martin avec le cimetière à côté, simple et séculier du titre de Saint Julien.

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  1. l’état de ruine du presbytère et de l’église en fait des lieux de « désordres et débauches » qui scandalisent. « attendu que nostre village estant lieu de passage et conséquence, avons besoing de personnes de qualité, pour non scandaliser les estrangiers, n’y habitants en leur office… » écrivent 44 catholiques aux membres du Chapitre pour demander un curé à demeure et une cure habitable.

Malgré l’arrêt du parlement de Toulouse ordonnant la réédification des églises détruites, le Chapitre ne fait rien. Guillaume de Rességuier, commissaire député, opère le 3.1.1620 la saisie des revenus du prieuré et confie le séquestre aux consuls. Il faudra attendre pourtant, après bien des péripéties, 1670 pour qu’aient lieu les enchères de la reconstruction du sanctuaire

L'église sera reconstruite à partir de 1670 (enchères de construction à Etienne Brunet, maçon à La Calmette pour 730 livres). 1686 : l'église est debout. Ce n’est pas encore l’église actuelle, elle est de dimension bien plus petite.

Entre 1702 et 1789 les camisards qui se sont révoltés passent souvent par La Calmette et « il n’est pas d’atrocités et d’assassinats qu’ils ne commettent pendant le mois de février 1703 »… écrit le curé Lamoureux

1724 des incidents violents éclatent un peu partout dans notre pays, surtout lorsque les autorités civiles prescrivent de rebaptiser catholiques les enfants protestants et de régulariser le mariage de leurs parents. Les arrestations et condamnations aux galères pleuvent sur les populations protestantes. Le 16 février 1755, la garnison de La Calmette a entendu deux gamins parler d’une assemblée toute proche…La réunion se tient au vallon de Ponteils près de Dions et les hommes sont arrêtés, dont Pierre Béchard, de La Calmette condamné, quoique sans arme et malgré ses douze enfants (A Bernardy ), qui mourra quatre ans plus tard à l’hôpital de la Chiourne.

Les condamnations se calment mais les persécutions continuent, de manière inégale et périodique. Les catholiques s’efforcent de ramener à eux les convertis. Le clergé fait nommer des missionnaires royaux dont le plus connu est le père Bridaine dès 1720. Il vient à La Calmette en 1764. 

(ne pas oublier que c’est Louis XVI  le 17 novembre 1787 qui signe l’édit de tolérance)

1789 la révolution

L'église est en partie démolie, le clocher détruit et les révolutionnaires fondent la cloche pour la fabrication des canons. Les messes se disent surtout au mas d'Argelas ensuite, jusqu'à la reconstruction de l'église (les prêtres sont souvent obligés de se cacher, comme le père Jeanjean qui se cachait dans un tonneau).

En 1779, les Calmettois décident de construire une église plus grande...1801 Louis Viala, maire, relève le clocher. 1815, François-Marie de Valfons maire : une première cloche

La chaire en bois, aujourd'hui enlevée... est installée en 1835 (même date que le cimetière protestant).

1848 le temple est construit

1863 a lieu la bénédiction en grande pompe de la nouvelle église que les Calmettois appellent "la cathédrale de la Gardonnenque". 

En 1864 est installé le beau chemin de croix, peinture par le révérend père Odoric, des pères Recollets de Nîmes.

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Le vicomte Balthazard d’André qui vient d’épouser Valérie de Valfons et s’est installé à La Calmette, est devenu maire. Il projette la restauration du presbytère… mais on se contente alors d’acheter une maison pour l’école des filles.

1881 Le Presbytère

L’évêque de Nîmes, Mr Besson, visite le village à l’occasion d’une confirmation des enfants de Dions et de La Calmette, il consigne dans les registres de la Fabrique de son désir de voir bâtir un nouveau presbytère, la municipalité dont le maire est alors Henri Martin, est tout à fait favorable à ce projet d’autant que la Fabrique accorde1000 francs et que le Gouvernement octroie 4 000 francs de plus. La commune met le reste sur les 14 000 francs que coûte le nouveau bâtiment. L’architecte d’Uzès M. Chabanon dresse le plan et le 20 août 1881 l’entrepreneur César de Dions, ouvre les travaux qui dureront une année complète.

A la demande du curé, les Calmettois font gracieusement le charroi de pierres, de sable et d’eau, secondés par les maçons du village, Eloi Montbrun et Auguste César, pour construire les murs de clôture.

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Le presbytère, côté sud (entrée église à droite)

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Le presbytère côté nord

1882, a lieu le baptême d’une seconde cloche dont les parrains sont Antoine Gondret et Sophie Pouget. Cette cloche est montée par deux maçons de La Calmette, Eloi Montbrun et Auguste César (mes deux arrière-grand-pères...) à l’aide de leurs échafaudages.cloche.jpg

 

 

 

 

 

 

 

Avril 1883, le chanoine Bonnefoi bénit les statues du Sacré-cœur et de ND de Lourdes, don des familles Laurent Hérat et Sophie Pouget.

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Août 1883, le chanoine Carle bénit le nouveau cimetière, décidé pour les deux cultes (6650.59 francs), route de Sommières. Construction d’un puit au presbytère (devis 400.26 francs) et d’un hangar pour bûcher.

 

1884 Les peintures des murs et de la voute de l'église par M. Cassan de Nîmes  et les peintres Marceau et Servel.

 

1886 on installe des grilles autour de la croix de la mission pour la protéger contre le choc des voitures, et elle est également réparée. C’est également au cours de cette année 87 que sont érigés les croix autour du village (croix de la croisette, des cocons, etc.)

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1889 achat d’un corbillard. M. le maire expose « les inconvénients du mode de transport actuel de transport à bras le corps au cimetière… » 

1891 les grilles et les murets devant l'église. Le pavé de l’église très délabré est refait par des cimenteurs venus installés les fontaines publiques dans le village. Le curé fait également placer les dalles de l’extérieur sur le perron.

 

L’horloge

L’horloge a depuis été remplacée. C’est maintenant avec un système électrique qu’elle fonctionne, même si on a pris soin de respecter le même rythme des heures et demi-heures, ainsi que l’angélus. Mais alors, le 6 janvier 1891, le conseil décide d’acheter une horloge publique pour être installée à l’intérieur du clocher et confie cette tâche à François Chabaud, horloger à La Calmette pour le prix de 1400 francs :

Achat et installation d’une horloge

 Entre les soussignés :

Hilaire Gondret, stipulant en qualité de maire, spécialement autorisé par délibération du Conseil municipal, en date du 6 janvier1891, et Mr François Chabaud, horloger, demeurant  à La Calmette, il a été convenu et arrêté ce qui suit ::

« Elle est composée de deux corps de rouage, le premier pour le mouvement, le second pour la sonnerie des heures, demi-heures et répétition des heures.

Elle marche pendant une semaine par une chute de 9 mètres pour les poids, marque les heures et les minutes sur un cadran de 1 m 40 de diamètre et sonne sur une cloche de 350 kg.

La roue première de sonnerie a 33 cm de diamètre ; les pivots tournent dans des boites en bronze fixés par des vis aux montants de la cage, afin que l’on puisse démonter chaque mobile séparément.

Tous les pignons sont en acier poli, toutes les roues en cuivre poli.

Les cylindres sont en cuivre poli et d’une force proportionnée à la pesanteur des poids qu’ils doivent supporter. Le mouvement est pourvu d’une fusée auxiliaire pour entretenir la marche pendant le remontage.

L’échappement est à cheville, à repos et à frottement réduit ; la suspension à ressort. Un petit cadran indique l’heure intérieure au moyen d’un encliquetage placé sur une roue dite de gouvernail. On peut avancer ou retarder les aiguilles du grand cadran extérieur sans toucher au rouage du mouvement.

Un chevalet en bois de chêne supporte l’horloge. Le marteau est disposé de manière à ce qu’on puisse mettre la cloche en volée (poids en fonte) (poulie de renvoi

 

Les vitraux

1892 les vitraux et le grand tableau central représentant Saint Julien de Brioude (légionnaire romain décapité sous Dioclétien

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Et la même année les 2 vitraux sur les côtés, réalisés par M. Donzel, de Marseille, représentant Saint Camille (Camille de Valfons) et Saint Henri (comte Henri de Valfons, fils de Camille, avocat qui deviendra aussi maire), patron de deux "nobles" du village qui les ont offerts. MYSTERE non résolu, pourquoi la croix au-dessus de Saint Camille est une croix en X. Ca ne correspond pas à l'instrument éventuel de son martyr. La croix dite de Saint André, pourquoi alors ? Car à priori il n'y a pas de André dans sa famille proche ou descendant.

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1892, c’est aussi la réfection du pavé de l’église accordé à M. Charbonnier (conseil municipal du 31/01/1892).

1894 Les statues de Saint Julien, Saint Antoine de Padoue, Saint Rock et Saint Jean- Baptiste (le patron du curé.

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Autre précision intéressante, le Saint Julien du tableau et celui du vitrail central au-dessus de la porte ne correspondent pas au Saint-Julien, patron du village qui était déjà le saint patron de La Calmette quand il y avait le prieuré et qui était semble-t-il Saint Julien l'Hospitalier (celui qui aurait aidé un indigent (le Christ) à traverser une rivière (le Gardon?) selon la légende.

Pourquoi ce choix de changer de saint ? Mystère là aussi. Mais l'essentiel reste qu’il s’agit toujours de Saint Julien. Dans d’autre publication, le prieuré est celui de Saint-Julien de Brioude.

De chaque côté du chœur sont installées les statues de Sainte Jeanne d’Arc et Saint Louis, patrons de la France

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Les peintures

1898 les grandes peintures du chœur, et notamment les deux centrales représentant le Sacré-Cœur de Jésus entouré de la France à sa gauche et de l'Eglise à sa droite, entre Saint Louis et Jeanne d’Arc : L’abbé Dussaud remplace le curé Lamoureux. Les peintures du chœur se sont détériorés avec le temps et il obtient du conseil municipal (M. Joseph Béchard, maire) un secours qui lui permet de confier à M. Beaufort, de Nîmes, l’exécution des fresques remarquables « majestueux, les personnages qui forment galerie autour de l’autel ». Les douze apôtres sont représentés sur les deux premiers tableaux avec chacun l’instrument de leur martyre, et les peuples d’Orient et d’Occident complètent les tableaux des extrémités.IMG_6364.JPG

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Cette année-là, grâce aux dons de la vicomtesse douairière d’André, la chapelle de la vierge (à droite) « reçoit un revêtement de peintures plus fines… elles en font un vrai bijou. Cinq médaillons rappellent les mystères de la Sainte-Vierge et sur les ors des mosaïques se détachent divers personnages des Livres saints. Plus tard seront réalisés des peintures semblables, suivant les mêmes plans, dans la chapelle de Saint Joseph.

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24/2/1907 Arrêté du préfet annulant la délibération du conseil municipal pour la location du presbytère au prix de 10 francs (bail annuel) au curé Dussaud. La valeur locative du presbytère est de 190 francs et « la République ne reconnaît ni ne salarie ni ne subventionne aucun culte ». Le bail sera finalement accordé à 50 francs annuel en février 1908. Le maire est le comte Henry de Valfons (avocat).

1929 Réparation de l’horloge municipale (800 francs- M. Barral de Nîmes)

Bail presbytère /1934 avec l’abbé Pelatan /1941 avec l’abbé J. Marie Rousset

La toiture

20/11/1958 Le conseil refuse de voter le supplément de crédit pour couvrir le toit de l’église de tuiles romaines (1 million de francs) et retient le principe de plaques « éternit ». Travaux donnés à René César (de Ste Anastasie). Une augmentation du coût du toit de l’église d’un million de francs devra être pourtant votée en avril 59… emprunt partagé par les Calmettois. Quand on sait le casse-tête que pose aujourd’hui cette toiture en tôles interdites parce que fabriquée avec amiante et le coût exorbitant de ces travaux de mise aux normes, on mesure à quel point parfois nos élus manquent de jugement !

L’autel

Magnifique autel en pierre, découvert au moment des travaux, seul vestige de l’ancien prieuré et fort heureusement récupéré pour être mis en valeur dans l’église actuelle.

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A noter que j’ignore la date de la grande peinture centrale (le tableau pas les murs), ni le nom du peintre.

 

 

 

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