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08 juin 2016

Lettre ouverte aux conseillers municipaux

Le collectif contre l'abattage des platanes de l'allée de Braune a envoyé une lettre ouverte aux élus de La Calmette, au préfet et à l'agglo.

N'hésitez pas à les solliciter, à leur dire votre désaccord, à en parler autour de vous. Personne ne pourra dire après qu'il ne savait pas. Voici la lettre du collectif envoyée :

 

Lettre ouverte à Mesdames et Messieurs les Conseillers municipaux de La Calmette, Monsieur le Maire, Monsieur le Président de l'agglo et à Monsieur le Préfet du Gard.

Mesdames et Messieurs les conseillers municipaux, Monsieur le préfet,

La municipalité de La Calmette envisage d’abattre une vingtaine d’arbres sur l’allée de Braune pour buser l’écoulement des eaux pluviales en lieu et place des fossés.

Un comité s’est constitué pour protester contre cette destruction de notre patrimoine végétal et environnemental, tant cette allée très ancienne fait partie des quelques espaces remarquables de notre commune.

Cela nous semble d’autant plus dommageable que c’est une aberration d’un point de vue écologique et d’un point de vue sécurité, comme nous l’ont confirmé certains spécialistes des eaux et de leur ruissellement. L’augmentation du volume et de la force de l’eau rendra encore plus vulnérables les habitations en aval de la rue et augmenteront le débit de la Braune, responsable des inondations dans ce secteur.

Les scientifiques ont démontré l'importance de la préservation des vieux arbres dans le village:

- L'arbre est un support de gestion des eaux pluviales et a une fonction anti-érosion, il restitue de façon différée la pluie et évite ainsi la surcharge des réseaux d’assainissement. Ses racines permettent de retenir l’eau mais aussi d’éviter les phénomènes d’érosion et donc de glissements de terrain.

- L'arbre est un agent de climatisation naturel en période de canicule. Dans une rue bordée de grands arbres, ceux-ci rafraîchissent l’air qu’ils humidifient. La température est inférieure de 3 à 5° à celle d’une rue sans arbres.

- Les milieux urbains ainsi que les transports motorisés qu'ils induisent contribuent pour l'essentiel aux émissions de gaz à effet de serre. L'arbre urbain contribue - dans une certaine mesure - à diminuer la dette écologique des villes en y restaurant des « puits de carbone ». En effet, les parties aériennes (troncs, branches) absorbent et retiennent une grande quantité de carbone. Plus de 90 % du poids sec des arbres provient de la fixation du CO2 par photosynthèse.

- Les arbres neutralisent les autres polluants atmosphériques (ozone, plomb, cadmium, manganèse, suies dioxine, soufre…). Ces polluants entrent dans l’épaisseur des tissus de la feuille, y rencontrent l’eau interne et s’y dissolvent pour être stockés dans la matière de l’arbre ; un stockage qui durera tant que ce dernier reste en vie, d’où l’importance décisive des grands et vieux arbres.

- L’absorption des gaz et la fixation des poussières augmentent avec la surface du feuillage, donc avec l’âge ; les grands arbres, au tronc d’un mètre de diamètre ou davantage, absorbent et stockent trente à soixante-cinq fois plus de polluants atmosphériques que ne peuvent le faire de jeunes arbres dont le tronc n’atteint pas 10 cm de diamètre. 10 jeunes arbres ne remplacent pas 1 vieux. Laisser mourir les gros arbres, c’est supprimer les capteurs de carbone les plus efficaces.

- Indirectement, l'arbre dépollue l'eau via le sol qu'il enrichit en bactéries et champignons capables de biodégrader des polluants organiques complexes (certains pesticides, HAP, organochlorés, etc.). C'est le développement racinaire, donc l'âge de l'arbre, qui est un facteur déterminant. Il faut que l'arbre soit en place depuis de nombreuses années pour jouer ce rôle dépolluant de l'eau.

- Par sa seule présence, l'arbre agit sur le psychisme humain, tendant à l'équilibrer. Une enquête universitaire a montré que la présence des arbres diminue les comportements agressifs.

- L'ONU encourage une « foresterie urbaine » permettant de créer et de conserver le continuum avec la nature péri-urbaine : La destruction en masse de vieux arbres en milieu urbain ne peut être compensée par de nouvelles plantations.

Les études ont montré que les jeunes arbres absorbent beaucoup moins de carbone et de particules fines que les arbres plus âgés et qu'il faut 25 ans à un arbre nouvellement planté avant qu'il ne commence à jouer son rôle de «  puits de carbone ». Il en va de même pour la régulation et la purification de l'eau. 

En outre, il a été prouvé que l'efficacité dépolluante des arbres en milieu urbain est corrélée au fait qu'ils sont groupés et qu'il y a un continuum de couverture le long des voies. C'est à cette condition que l'on a une captation maximum des particules fines émises par les automobiles.

Ce sont surtout les grands arbres qui constituent le principal puits de carbone urbain (plus de 97 % de la quantité totale de carbone de la biomasse végétale totale urbaine). Etant donné les problèmes gravissimes liés au réchauffement climatique, il est nécessaire d'agir. Il s'agit de l'air que l'on respire et de la santé de tous.

En résumé, trois points nous paraissent essentiels :

1- Remettre d'urgence en question les travaux actuels, dans le respect de la Charte de l'arbre, en envisageant d’autres solutions, plus respectueuses du patrimoine et de l’environnement.

2- Envisager une réelle politique d'entretien des arbres, nécessitant un personnel municipal suffisant et formé à la taille des arbres dans les règles de l'art.

3- Sortir de la logique, coûteuse pour le contribuable et désastreuse écologiquement, du « remplacement » des arbres, en donnant la priorité à l'entretien du patrimoine végétal existant.

Veuillez agréer, Mesdames et Messieurs les conseillers municipaux, Monsieur le Maire, Monsieur le président de l'agglo, Monsieur le Préfet, nos sincères salutations.

Pour le collectif, Agnès André,

Références :

- Nowak, D.J.. Crane, D.E.. 2002. Carbon storage andsequestration by urban trees in the USA. Environmental Pollution 116 (3), 381-389

-Agence européenne de l'environnement ; étude sur l'impact du changement climatique en milieu urbain (vagues de chaleur, sécheresse, inondations), How vulnerable is your city ?

- L’édition 2011 du Forum européen sur la foresterie urbaine ; « Foresterie urbaine : établir les connexions avec les réseaux verts », Glasgow, 2011

- K.P. Beckett, P.H. Freer-Smith, G. Taylor, Urban woodlands: their role in reducing the effects of particulate pollution ; Environmental Pollution, Volume 99, Issue 3, 1998, pages 347-360 

- Garapon G., Tourret V. «L’arbre en ville et les constructions en souterrain », Les Cahiers d’Arbre Actuel, Paris, IDF, 1994, no 1.

- Hallé, Francis., « Du bon usage des arbres. Un plaidoyer à l'attention des élus et des énarques », Ed Actes Sud. 

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